Avant l’invasion de l’Ukraine, la CIA savait tout de l’«opération spéciale» russe : les révélations d’un livre explosif
Les attentats du 11 septembre 2001 ont provoqué une profonde remise en question des services de renseignement américains. Vraiment ? À lire l’impressionnante enquête de Tim Weiner sur la CIA du dernier quart de siècle, difficile de ne pas établir des similitudes entre ses méthodes passées et actuelles. Certes, il a été décidé de relancer le renseignement humain, délaissé depuis des années, mais les assassinats, tortures, entreprises de déstabilisation et dérapages en tout genre (en Irak, en Afghanistan, en Amérique latine) n’ont pas cessé – la « croisade au nom du Bien » était à ce prix-là… Et de nouvelles erreurs d’appréciation ou de stratégie ont été répétées – la chute imprévue de Kaboul en 2021, par exemple. Pour autant, la CIA a à son actif quelques réussites. Comme en atteste l’extrait exclusif que nous publions, l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe avait été anticipée de A à Z par les espions américains, infiltrés jusqu’au Kremlin. Et ce, dès l’affaire de la Crimée en 2014. Le début de l’aide politique et militaire de Washington à Kiev date de cette année-là, montre le journaliste américain. Mais n’est-ce pas justement ce renforcement de l’alliance ukraino-américaine qui a aussi poussé Poutine à agir ? Extraits de La Mission. L’enquête choc sur la CIA (Robert Laffont, 565 p., 24,90 euros. En librairie le 2 octobre), choisis par Jean-Christophe Buisson: William Joseph Burns (directeur de la CIA, de mars 2021 à janvier 2025, NDLR) avait appelé le ban et l’arrière-ban du renseignement américain à soutenir la CIA dans sa quête. Les divisions de la sécurité et du contre-espionnage au FBI n’avaient pas ménagé leurs efforts pour espionner les Russes. Paul Nakasone, général quatre étoiles en charge de l’Agence de sécurité nationale et de son Cybercommand, avait déployé ses pouvoirs d’écoute dans l’entourage de Poutine. Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, avait demandé aux satellites espions du Pentagone de surveiller les mouvements de troupes russes. Avril Haines, ancienne directrice adjointe de la CIA, était désormais directrice du renseignement national et elle avait investi dans ces nouvelles inflexions des millions de dollars, coordonnant les dix-sept agences dont elle avait la supervision et mobilisant des…